Société. La circulaire du 31 mai créée par le ministre de l’Intérieur Claude Guéant a entraîné de nouvelles difficultés administratives pour les étudiants étrangers. Après une mobilisation relayée médiatiquement, un nouveau texte est entré en vigueur la semaine dernière. Pour les premiers concernés, les doutes persistent.

- Photo : avec la nouvelle circulaire du ministre de l’Intérieur, les étudiants étrangers rencontrent de multiples difficultés dans leurs démarches administratives. (Citron/WK/CC)
C’est l’histoire d’un texte qui a secoué le monde universitaire, ricoché dans la sphère économique, avant d’envahir le débat politique. La circulaire dite « Guéant » s’est attiré les foudres des étudiants étrangers, et en particulier ceux des grandes écoles, d’habitude discrets. Comme Essonne Info s’en est rendu compte sur le campus de l’INT (Télécom sud Paris) d’Évry, un grand nombre de jeunes internationaux ont vu leur situation administrative se dégrader ces dernières années.
L’obtention, puis le renouvellement d’un titre de séjour étudiant s’apparente à une quête à la Kafka. Le Ceseda (Code d’entrée et de séjour et du droit d’asile) règlemente l’accès aux universités et écoles françaises pour les étudiants étrangers. Après une demande préalable à l’ambassade de France du pays d’origine pour le visa et la réalisation d’un dossier universitaire en parallèle, le jeune est orienté en France dans des services préfectoraux encombrés, où il lui est demandé de multiples autres démarches pour obtenir la carte de séjour étudiant d’un an. Chaque année, le renouvellement du titre est subordonné aux résultats universitaires. Puis lorsque vient le temps des stages et de la fin d’étude, la situation se complique encore. C’est sur ce dernier point que la circulaire du 31 mai apporte des changements.
Jusqu’à il y a peu, le changement de statut d’étudiant à celui de travailleur, et la délivrance du titre de séjour correspondant, se faisait de manière assez fluide. Dorénavant, les délivrances d’autorisations de travail se font au compte-gouttes, et des jeunes gens promis à travailler quelques années en France avec des promesses d’embauche se voient opposer la non-délivrance de titre de séjour. Ces jeunes diplômés retournent alors dans leur pays ou restent sur le territoire de façon illégale.
Demain c’est loin
D’après un reportage de Médiapart, les agents d’État chargés de traiter les demandes de changements de statut ont des consignes pour réduire le nombre de délivrances de titres, ce qui revient à appliquer des quotas. Dès la rentrée de septembre, un collectif du nom de la circulaire lance une mobilisation, rapidement relayée par les entrepreneurs et la communauté universitaire. Le 12 janvier, Claude Guéant annonce une remise à plat de cette circulaire contestée. Pour Essonne Info, Serge Slama explique les conséquences de cette modification, dans le cadre plus large de ce statut juridique singulier.
Pourtant, il ne faut pas oublier que ces situations se placent dans un contexte plus global, celui de la refonte du Ceseda qui a eu lieu à partir de 2006. Les étudiants internationaux en fin de cycle doivent remplir certaines conditions pour avoir le droit de travailler un temps en France. Ils doivent décliner en préfecture un projet de « retour dans le pays d’origine » . « Dans ce projet, le jeune demande à obtenir une autorisation provisoire de séjour, pour repartir avec une première expérience professionnelle », résume Serge Slama. Un état d’esprit peut-être illustré par ces modalités. Entraver administrativement et professionnellement le parcours en France de jeunes promis à devenir les futurs dirigeants politiques et économiques de leur pays, n’augure rien de bon quant au futur des relations que nous entretiendrons avec ces leaders de demain. Rien ne dit que ces jeunes une fois aux responsabilités voudront traiter avec le gouvernement ou les entreprises françaises, alors qu’ils auront eu ce genre de conditions d’accueil en France durant leurs études. A se demander si nous ne sommes pas en train de nous tirer une balle dans le pied.
Julien Monier
Julien Monier est journaliste et rédacteur en chef d'Essonne Info (@EssonneInfo). Vous pouvez le suivre sur Twitter (@JulienMonier91) et le contacter par courriel (julien@essonneinfo.fr).























