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Chronique d’une expulsion annoncée

Société. Après deux ans d’existence, le bidonville rom de l’ex-gendarmerie de Viry-Châtillon a finalement été évacué ce mercredi à l’aube. Toute la journée, les familles ont attendu que des solutions convenables soient trouvées pour leur relogement. Récit d’une journée programmée, finalement plutôt improvisée.

  • Photo : les forces de l’ordre ont procédés à l’évacuation du squat. (JM/EI)

La préfecture avait décidé d’organiser les choses convenablement. Après les multiples critiques dont elle avait été l’objet ces derniers jours, il fallait faire vite, propre, et bien. C’est chose faite, au moins sur le papier. L’évacuation du bidonville a bien eu lieu. La présence de la Croix-Rouge, tant promise, s’est effectivement manifestée ce mercredi matin. Une équipe et un camion ont été dépêchés sur place, chargés de conduire les familles qui le souhaitaient au centre d’accueil de Corbeil-Essonnes en vue de trouver des solutions d’hébergement. Le nouveau propriétaire des lieux, le bailleur Opievoy, pourra, lui, s’atteler pour les deux prochaines années à la construction de cinquante logements sociaux sur le site.

Selon plusieurs témoins présents sur les lieux, les forces de police se sont rassemblées sur place à partir de 4 heures du matin. Après l’installation d’un périmètre d’évacuation, les familles, qui avaient précédemment rangé leurs affaires, sont peu à peu sorties dans le calme. Les autorités préfectorales présentes sur place, avec à leur tête le directeur de cabinet du préfet de l’Essonne, Claude Fleutiaux, ont invité les Roms à accepter la prise en charge de la Croix-Rouge, opérateur délégué par l’État pour assurer l’hébergement d’urgence.

  • Photo : les familles roms et leurs soutiens étaient devant la mairie de Viry-Châtillon, en attendant les solutions d’hébergement promises par la préfecture. (JM/EI)

Quelles solutions d’hébergement ?

Après concertation, les familles roms et leurs soutiens n’ont pas accepté la prise en charge, prévue pour seulement trois nuitées. « Ces personnes ont refusé d’être aidées », réagit Claude Fleutiaux, qui expliquera « ne pas vouloir de familles en détresse laissées dehors » . Les occupants et les associations se sont dirigés vers la mairie de Viry-Châtillon, en attendant d’obtenir des garanties sur la pérennité des hébergements proposés. Sous une pluie fine, une soixantaine de personnes ont occupé le parvis de la mairie, avant de se voir proposer par la ville du café, et un abri pour les femmes et les enfants.

Après l’envoi d’une délégation à la Croix Rouge de Corbeil-Essonnes pour prendre connaissance des possibilités d’hébergement, c’est finalement vers la Maison départementale des solidarités (MDS) que les familles ont été orientées. « Impossible d’accepter les conditions d’hébergement », s’insurge un militant de l’Association de solidarité en Essonne aux familles roumaines et roms (ASEFRR). « Trois nuits, et ils sont à la rue », répond une militante présente sur les lieux. Pour le directeur de cabinet du préfet, il est pourtant impossible de proposer une solution pérenne : « On n’a pas autre chose à proposer que de l’hébergement temporaire », explique-t-il. Dans l’après-midi, par petits groupes, les familles de Viry-Châtillon se sont rendues à la MDS de Juvisy, pour une prise en charge par les équipes du conseil général (lire notre article), « au nom de la protection de l’enfance », précise-t-on au département.

Déménagement des lieux dès 8 heures

Sur les lieux de l’ancien camp, à l’endroit de l’ex-gendarmerie, l’Opievoy a entamé à partir de 8 heures l’évacuation des affaires et meubles restés sur place, promettant de « stocker les affaires restantes dans des gardes meubles », selon son chargé de presse Mathieu Guerot-Laferté. L’endroit devrait donc rapidement changer d’aspect, sa mise à vide et son nettoyage, avant démolition, devraient se poursuivre dans les jours qui viennent.

L’annonce de l’expulsion avait déjà été donnée il y a plusieurs mois. Ces dernières semaines, les choses se sont accélérées, entre les rumeurs d’évacuation des lieux, ainsi que le choc vécu à Évry après la destruction de deux bidonvilles. Lundi dernier, les associations de soutien aux Roms et une partie des occupants de l’ex-gendarmerie s’étaient manifestés auprès du conseil général pour envisager la pérennisation des solutions de relogement. Au sein de l’instance du département, on renvoie pourtant la balle au préfet : « Le logement d’urgence est de la responsabilité de l’État », se défend-on, même si on s’orientait mercredi soir vers des solutions d’hébergement prises en charge par le CG.
  • Photo : le déménagement du squat de l’ancienne gendarmerie de Viry-Châtillon. (JM/EI)
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Julien Monier

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Julien Monier est journaliste et rédacteur en chef d'Essonne Info (@EssonneInfo). Vous pouvez le suivre sur Twitter (@JulienMonier91) et le contacter par courriel (julien@essonneinfo.fr).


 

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