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Social. Ce mardi, la CGT invitait lors d’un grand meeting au Zénith de Paris les candidats à la présidentielle. La confédération a souhaité, durant un après-midi revendicatif, placer la question des retraites au cœur de la campagne de 2012. Essonne Info a interrogé le secrétaire départemental de la confédération en Essonne Hervé Leblanc, à propos de l’actualité du débat sur les retraites.

  • Photo (archive) : Hervé Leblanc, secrétaire général de la l’Union départementale de la CGT de l’Essonne. (JM/EI)

Automne 2010. La France est dans la rue. Trois mois durant, le pays vit au rythme des temps de mobilisation sociale organisés pour contrer la réforme des retraites, qui implique notamment le relèvement de l’âge légal du départ en retraite de 60 à 62 ans, et 67 ans à taux plein. Plus d’une année a passé, et la crise économique et financière est devenue le thème principal de ce début de campagne présidentielle.

Faire des retraites une thématique du débat présidentiel

Dans ce grand bouillonnement public et médiatique, les représentants des salariés ne comptent pas rester en dehors des débats. En ce 31 janvier à Paris, la CGT, principale organisation syndicale représentative, a jeté un pavé dans la marre. Il s’agit pour ses responsables de replacer la question des retraites dans les thématiques de campagne des candidats à la fonction présidentielle. Pari réussi, puisque la confédération peut se targuer d’avoir vu la visite de plusieurs candidats ou leurs représentants.

Au sortir de ce rendez-vous social de rentrée, Essonne Info a souhaité savoir dans quel climat le monde du travail se trouvait, en prenant le pouls auprès d’Hervé Leblanc, le patron de l’Union départementale CGT de l’Essonne. Dans un long entretien, il revient sur le contexte social et politique, et aborde la question des retraites en terme financier comme sociétal. Résolument à l’offensive, son syndicat compte bien peser de tout son poids pour faire entendre ses revendications pendant et après le scrutin du printemps.

Essonne Info : ce mardi après-midi la CGT a tenu un rassemblement au Zénith de Paris sur les retraites et la pénibilité au travail. Pourquoi avoir voulu placer cette thématique dans le débat présidentiel ?

Hervé Leblanc : tout d’abord, nous avons dit à la CGT que, malgré le passage en force du gouvernement sur ce dossier à l’automne 2010, le dossier retraite n’était pas clos pour autant. Loin s’en faut ! La loi de 2010 ne fait qu’aggraver la situation en matière de retraite. Cette loi est une remise en cause profonde du système solidaire intergénérationnel de retraite par répartition, unique au monde. Avec cette loi, le gouvernement a décidé de porter les bornes d’âges à 62 et 67 ans dans les années qui viennent.

« Les cadeaux fiscaux représentent une véritable chape de plomb »

Quand le chômage ne cesse de progresser, quand la précarité dans l’emploi se développe, quand les jeunes entrent sur le marché du travail de plus en plus tard, quand les  séniors sont sortis de l’emploi à 50 ans car estimés pas assez productifs, il faut se poser quelques questions sur la volonté politique qui anime le gouvernement et le patronat. Un chômeur, qu’il soit jeune ou moins jeune ne cotise pas. Ce sont donc des ressources en moins pour les retraites. Les cadeaux fiscaux aux entreprises, notamment les plus grosses, par le biais des exonérations de cotisations représentent une véritable chape de plomb. Nous sommes donc face à un choix de société. Est-ce que nous voulons une société qui exclue toujours plus et creuse plus encore le fossé entre les plus démunis et les plus riches ?

« Ne pas attendre les échéances électorales à venir »

Comme je le disais, le débat n’a pas été clos avec l’adoption de la loi, et ce, malgré l’opposition d’une très grande majorité de Français. Pour ces raisons, la CGT s’est engagée à ne pas attendre les échéances électorales à venir pour poursuivre et développer le débat, pour faire mieux partager ses propositions. C’est pour cela que la CGT a tenu un meeting national au Zénith ce mardi. C’est un événement qui a dépassé et dépassera la seule sphère CGT.

Essonne Info : quelles sont les propositions défendues par votre syndicat ?

Hervé Leblanc : notre système de retraite est assis principalement sur l’emploi et les salaires. Il y a des sommes inouïes qui sont exclues de toutes cotisations sociales, notamment de retraite. Il s’agit des revenus financiers. Mettre à contribution ces revenus à la même hauteur que les cotisations sociales permettrait de dégager vingt milliards d’euros. La CGT propose la suppression des exonérations de cotisations patronales, et la mise en place d’un taux de cotisation modulé pour les entreprises, tenant compte du niveau d’emploi. Concrètement, une entreprise qui réalise beaucoup de profits, avec peu de main d’œuvre, cotisera plus.

« Il est possible de rétablir l’âge de départ à la retraite à 60 ans »

L’emploi et les salaires étant la source principale des recettes de la Sécu, et donc des retraites, c’est donc bien par ce vecteur qu’il faut intervenir. La baisse du chômage et le retour progressif au plein emploi apporterait jusqu’à vingt-cinq milliards d’euros en 2020, cinquante milliards d’euros en 2050. Dès lors, avec ces mesures, il est possible de rétablir l’âge de départ à la retraite à 60 ans avec 75% minimum du taux de remplacement, de prendre en compte toutes les pénibilités dans le travail pour un départ anticipé à la retraite, de prendre en compte les années d’études et de cessation d’activité imposée, de fixer un minimum de pensions de retraite équivalent au Smic (que nous revendiquons à mille sept cents euros), que ces pensions soient revalorisées sur la base d’évolution des salaires. Ce sont là les principales propositions que porte la CGT.

Essonne Info : ces propositions ne feront-elles pas accroître le déficit, en cette
période de crise de la dette des États ?

Hervé Leblanc : depuis 1993, toutes les mesures prises par les gouvernements ont accru ces déficits. Je le disais, nous sommes aujourd’hui face à un choix de société. De ce choix de société dépendent les mesures politiques, économiques, financières et sociales pour le développer.
Dès le début de la crise économique et financière en 2008, tous les observateurs s’accordaient à dire que le système de protection sociale français avait permis d’atténuer les effets de cette crise en France. Ceux-là même qui nous ont conduits dans cette situation s’attaquent à démanteler méthodiquement ce système.

« Un seul objectif : faire de l’argent »

Une fois encore, ce n’est pas une fatalité, c’est un vrai choix politique au même titre que les choix qui prévalent quand le président Sarkozy augmente la TVA, s’attaque aux trente-cinq heures, aux salaires, ou encore au code du travail. Le président annonce dans un même mouvement des exonérations de cotisations sociales. En clair, il va autoriser les entreprises à ne pas verser à la Sécurité sociale des sommes qui doivent servir la solidarité nationale. Nous le savons, le patronat lorgne depuis longtemps sur les masses financières générées par la Sécurité sociale. C’est pourquoi, il défend un autre système assis sur l’individualisme, la capitalisation. En clair, le chacun pour soi pour un seul objectif : faire de l’argent avec l’argent des retraites et de la Sécurité sociale. Ce n’est pas cela que nous voulons. Ce n’est pas pour cela qu’a été construit notre système au sortir de la Seconde Guerre mondiale, quand la France, l’Europe étaient ruinées.

« Ce sera avant, pendant et après les élections »

Essonne Info : quelles seront les actions de la CGT dans les prochains mois, pour
faire entendre ses revendications ?

Hervé Leblanc : nous l’avons dit, nous n’attendons pas les élections politiques du printemps.
L’organisation de ce meeting à Paris et les multiples retransmissions qui ont eu lieu dans les syndicats, les bourses du travail, attestent de la volonté de la CGT de poursuivre cette lutte. En Essonne, nous avons très largement dépassé nos objectifs de participation qui étaient limités pour permettre la participation de camarades de la CGT venus de toute la France. C’est pourquoi, nous avons organisé parallèlement une retransmission collective en direct du Zénith à la bourse du travail départementale (NDLR : située à Évry). Nous œuvrons quotidiennement à faire connaître nos propositions, au-delà de la CGT. Les faire connaître pour les faire partager, mais aussi pour que celles-ci soient réellement prises en compte dans la campagne électorale.

Ainsi, en Essonne, nous en discutons, y compris avec les acteurs du mouvement social dans le département. Nous n’attendrons pas des promesses, mais des engagements clairs, et nous sommes convaincus d’une chose : ce sont les salariés, de par leur mobilisation dans chacune de leur entreprise, qui détiennent les clés des succès sur leurs choix. Notre démarche est et restera donc de leur permettre de se faire entendre au-delà des urnes. Dans tous les cas, ce sera avant, pendant et après les élections.

Entretien réalisé par Damien Mariller. Retranscription Julien Monier

La rédaction

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