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Société. Il y a tout juste dix ans, Gaspard Mpondo fut contraint de cesser l’activité florissante de son entreprise de lavage-auto située dans le parking du centre commercial Évry 2. Avant sa fermeture, cette entreprise employait dix jeunes issus du quartier des Pyramides. Depuis tout ce temps, cet enseignant reconverti en chef d’entreprise d’insertion se bat pour reprendre ce qu’on lui a volé.

  • Photo : le lavage automobile « La Lavandière » à Evry. (DR)

Vous lui avez peut être confié votre voiture le temps de faire vos courses. C’est après lecture d’un article du Parisien, « L’irrésistible déclin du quartier des Pyramides », que Gaspard Mpondo décide d’agir. Cet enseignant, impliqué dans bon nombre d’activités solidaires et humanitaires, part à la rencontre des habitants de ce quartier d’Evry, et surtout des jeunes, premières victimes du chômage. « J’avais énuméré un nombre d’activités qui ne nécessitaient pas de qualification », se souvient-t-il. Ce sera le nettoyage-auto à la main. Au mois de juin 1997, Gaspard et sa femme Marie-Noëlle Palmier ouvrent leur station de lavage, baptisée Lavandière Auto, dans le parking du centre commercial Évry 2. En six ans, l’entreprise passe de quarante à cinq cents voitures lavées par mois, compte près de cinq mille abonnés, et emploie pas moins de dix jeunes. « A l’époque, on recrutait des jeunes qui traînaient aux Pyramides », raconte Gaspard, « ils se battaient tout le temps avec les jeunes du quartier des Tarterêts. Quand j’allais leur ouvrir un compte en banque, j’étais fier. » La recette semblait fonctionner. « Même la police voyait le changement chez ces jeunes ».

  »J’ai fait un geste républicain »

En 2003, face au succès de son entreprise qui enregistre un chiffre d’affaire de trois millions de francs, Gaspard décide de quitter l’enseignement pour se consacrer à sa nouvelle activité. Une décision qui va se révéler tragique quand la Société des centres commerciaux (SCC) contraint son entreprise à suspendre ses activités durant les travaux d’extension d’Evry 2. Quelques mois plus tard, au lieu de rouvrir la Lavandière, la direction du centre commercial décide de lancer un appel d’offres pour reprendre la station de lavage. Une compétition « équitable » selon la direction du centre qui préfère retenir la proposition du gérant de la station-service Shell, voisine d’Evry 2. Pour Gaspard, c’est le couperet : « J’ai fait un geste républicain. J’ai quitté mon travail pour aider les gens. Si j’avais échoué d’accord, mais j’ai réussi et sans subventions. La République punit donc les républicains ? », s’interroge t-il. Ses courriers adressés à la direction du centre restent sans réponses. Pire, l’entreprise Shell, heureuse gagnante du marché, ne s’est finalement jamais installée. Pendant ce temps, Gaspard cherche un nouvel emplacement.

  »Si ça continue, on ferme d’ici un an »

Il y a deux ans, le couple a pu rouvrir sa station de lavage, rue Paul-Claudel à Évry. « On a plus l’argument qui a fait notre réussite », constate Gaspard en scandant fièrement son ancien slogan : « Faites vos courses, on lave votre voiture ». Aujourd’hui, l’entreprise ne compte plus que cinq employés, recrutés par Pôle emploi. « On n’avait pas le droit de recruter uniquement les gens d’un quartier », explique Gaspard. L’entreprise est en difficulté, surtout depuis l’arrivée d’une « entreprise parisienne concurrente » fraichement installée…. dans le parking d’Evry 2. Un nouveau coup dur pour Gaspard : « Si ça continue, on ferme d’ici un an. »

« J’attaquerai partout, médias, politiques, justice »

Dans une nouvelle lettre adressée à Jean-François Nigay, directeur d’Evry 2, il s’interroge sur l’attitude de la direction. «  Nous n’avons jamais compris votre décision. S’agit-t-il de la jalousie ? D’un geste raciste ? Du mépris de la France d’en bas ? En tout cas vous n’avez jamais répondu à notre courrier ou accepté nos demandes de rendez-vous pour une explication ». De son côté, la direction d’Evry 2 explique qu’elle ne gère plus le parking. « C’est l’entreprise Vinci qui s’en charge depuis deux ans ». Elle rejette également le caractère personnel de cette histoire. Une version qui ne contente pas Gaspard Mpondo, bien décidé à se battre jusqu’au bout : « J’attaquerai partout, médias, politiques, justice. Je me donne un an. »

Quentin Brarda

Quentin Brarda

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Quentin Brarda est journaliste à Essonne Info. Vous pouvez le contacter sur Twitter ou par courriel (quentin@essonneinfo.fr)


Categories de l'article: Evry / Corbeil, Société
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