Les militants de gauche de Corbeil-Essonnes vont certainement se réveiller avec la gueule de bois ce matin. Au bout d’une campagne marathon, dans laquelle de nombreuses personnes, encartées ou non, se sont impliquées, la défaite tombe comme un coup de massue sur les acteurs de cette campagne. Après la défaite sans appel de son leader Bruno Piriou, la désormais opposition municipale doit redresser la barre, si elle veut espérer voir les élections municipales de 2014 sous un meilleur jour.

Il sont plus de 200, entassés sur le parvis de la mairie de Corbeil-Essonnes, ce dimanche soir. On annonce pour 22H une déclaration de la liste conduite par Bruno Piriou. Déjà, le bruit court. Plusieurs militants présents font grise mine. Ils savent que selon les premiers résultats venus des bureaux de vote, leur liste est donnée perdante. Au bureau de vote de l’école Jean Macé, aux Tarterêts, des soutiens à Bruno Piriou commentent ces premières estimations : »ça ne s’arrêtera donc jamais !« , confie une habitante, « je ne peux m’imaginer que nos jeunes cautionnent des personnes comme ça » ajoute-t-elle, déplorant l’annonce d’une nouvelle victoire de la droite corbeil-essonnoise.
Ces dernières semaines, l’implication de Manuel Valls, député de la circonscription et maire de la voisine Evry, en disait long sur les espoirs que plaçait la gauche en Corbeil-Essonnes. Pourtant, le score est sans appel. Lorsque Bruno Piriou prend le micro, sur les installations de la future patinoire située en face de la mairie, quelques commentaires fusent dans la foule. Le candidat déchu se félicite de la campagne, en remerciant les nombreux participants. Puis il commente quelque peu la défaite : « Beaucoup de citoyens refusent le bulletin de vote et ne croient plus en rien (…), il y a une économie parallèle à Corbeil-Essonnes« , s’exprime, amer, Bruno Piriou. Devant une foule compacte, il invite à regarder vers 2014, et la prochaine échéance, « la gauche doit s’unir le temps des élections mais pas que le temps des élections, (…) il faut rester unis et préparer la suite« . Comme pour lui répondre, Carlos Da Silva, patron de la fédération socialiste de l’Essonne et troisième de liste de la gauche à Corbeil-Essonnes, lance un appel « à continuer à travailler ensemble, pour apporter le changement [dans la ville]« . « Il faut rester unis et trouver les dispositions pour montrer que nous sommes capables de changer le quotidien des gens. C’est à cette condition qu’en 2014, nous serons victorieux« . Plusieurs autres interventions de membres de la liste ont conclu les échanges. Rapidement, ensuite, la dispersion de la place a eu lieu, personne ne voulant répondre aux provocations de quelques supporters de Jean-Pierre Bechter.
Bruno Piriou était-il le bon candidat?
L’avenir nous dira si cette union proclamée tiendra jusqu’en 2014. Cette défaite cinglante pour la gauche, alors qu’elle partait pour la première fois unie depuis 20 ans, laisse en effet présager des lendemains qui déchantent entre les différentes composantes de la liste. Le premier coup de semonce est venu de la part de membres du Parti de Gauche, formation inclue dans la liste de la gauche unie, la semaine dernière. Le reproche a visé le dernier tract de campagne, dans lequel apparaissait Nathalie Boulay-Laurent, après son soutien déclaré à la liste de Bruno Piriou (lire notre article). Cette stratégie pourrait lui être reprochée prochainement, tout comme ses discussions avec Jean-François Bayle, qui a finalement fusionné avec Jean-Pierre Bechter.
Le programme, considéré par certains comme « non lisible« , n’était pour le goût de militants, « pas assez identifié à gauche« , notamment par les couleurs utilisées. Enfin, c’est la question de la conduite de la liste, par Bruno Piriou, qui risque d’être discutée. Certains n’hésitent plus, en off, à remettre en cause la tête de la liste elle-même. Bruno Piriou était-il le mieux placé pour faire regagner la ville à la gauche? A la vue du score réalisé en 2009 par Michel Nouaille, alors tête de liste de la gauche pour le second tour, il est à noter que d’une défaite à 27 voix d’écart, la droite distance la gauche de 728 voix cette année. Pourtant, l’ex candidat ne sera pas conseiller municipal d’opposition, car se situant trop bas dans la liste.
A partir de ce lundi, et sûrement une bonne partie de la semaine, les différents commentateurs locaux ne manqueront pas de parler de cette défaite, et d’en chercher les causes, selon leurs différentes appréciations.
Julien Monier
Julien Monier est journaliste et rédacteur en chef d'Essonne Info (@EssonneInfo). Vous pouvez le suivre sur Twitter (@JulienMonier91) et le contacter par courriel (julien@essonneinfo.fr).























