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La crise couve au sein de la nouvelle Université Paris-Saclay, qui regroupe 18 établissements du Plateau. Ses membres ne parviennent pas à se mettre d’accord sur des orientations communes, alors que se profile en décembre une évaluation décisive du projet par un jury international.

L'esquisse du futur bâtiment d'enseignements mutualisés porté par Polytechnique

L’esquisse du futur bâtiment d’enseignements mutualisés porté par Polytechnique (DR)

 

L’université Paris-Saclay doit fixer sa trajectoire. Il ne lui reste que quelques semaines pour se donner un cap, avant d’appréhender une échéance cruciale : l’évaluation du projet par un jury international prévue en décembre. Fruit du rapprochement de 18 établissements, écoles, universités et centres de recherche, cette Comue – pour Communauté d’universités et d’établissements – correspond à un modèle hybride d’organisation de l’enseignement supérieur (lire notre article).

En son sein cohabitent pour le meilleur et pour le pire un ensemble hétéroclite d’établissements à l’histoire comme au prestige singulier. Autour de la table : l’université Paris-Sud (ex Paris-11 Orsay), et ses bons classements internationaux, celle de Versailles-Saint-Quentin et demain probablement celle d’Evry, l’Ecole Normale, l’école de commerce la plus réputée du pays HEC, ou encore les institutions que sont Polytechnique et Centrale, sans compter la présence de la recherche de pointe représentée par le CNRS et le CEA.

Régie par plusieurs instances, dont un conseil des membres qui regroupe les directions d’établissements, l’université Paris-Saclay existe officiellement depuis moins d’un an. Au pilotage depuis son élection comme président de l’UPSy, Gilles Bloch, personnalité reconnue dans le monde académique et du territoire tente de concilier toutes les parties. Depuis plusieurs mois maintenant, celui-ci tente de trouver des points d’accord entre ces multiples entités qui composent la Comue (l’autre dénomination de l’université Paris-Saclay). Et les difficultés ne manquent pas.

 

Tensions entre membres de la Comue

 

Les tensions et rivalités qui existent entre les différents établissements et leurs pratiques respectives se sont aggravées depuis cet été, avec la publication d’un rapport de Bernard Attali au ministère de la Défense qui a mis de l’huile sur le feu. Celui-ci préconisait en effet un regroupement d’écoles d’ingénieurs autour de Polytechnique afin de former un pôle d’excellence au sein de Paris-Saclay. Peu disert sur ce qui se déroule en ce moment au sein de cette université hybride (ndlr : nos demandes d’interview ont pour le moment été refusées), son président a néanmoins fait une déclaration à l’agence AEF il y a quelques jours.

Revenant sur la situation et la crise qui couve au sein de cette superstructure, Gilles Bloch analyse : « vu à plat, cela ressemble un peu à un ghetto de luxe. On ne travaille plus sur une intégration des modèles ». Il se dit ainsi « inquiet du désengagement possible de certains établissements si nous n’allons pas de l’avant », et pointe la difficulté « à construire un consensus sur un modèle d’évolution possible, parce que les positions sont trop tranchées ». Manière policée de résumer l’ambiance qui règne dans les réunions stratégiques entre établissements.

Car ce qui bloque, c’est bien le choix du modèle et donc l’identité même de cette université en construction. Ira-t-on vers une structure intégrée, avec direction et financements communs, ou bien vers une « confédération » d’écoles et universités, qui ne porterait qu’un label « Paris-Saclay » sans plus de prérogatives? « Les écoles freinent des quatre fers pour ne pas perdre leur identité » décrit Quentin Degez, représentant étudiant au Conseil d’administration (CA) de la Comue, qui parle de « tensions énormes » entre les membres. Selon cet étudiant en médecine, la publication du rapport Attali « a fait l’effet d’une bombe ».

 

Intégration ou dislocation?

 

Assiste-t-on à un détricotage du projet Paris-Saclay avant même son aboutissement? François Hollande est venu apporter son soutien au projet en septembre, mais sans annonces. Les équipes de chercheurs investies dans la création des écoles doctorales entre établissements comme les enseignants qui travaillent sur les mentions de master communes souhaitent pourtant largement sa réussite. « On est au début du commencement de quelque chose. Au delà de coller des bâtiments les uns aux autres, nous devons définir comment nous voulons créer de l’intelligence collective avec l’université Paris-Saclay » indique Yves Levi, professeur à l’UFR de pharmacie de Paris-Sud et élu Snesup au CA de la Comue. Cet enseignant pense que « tout le monde a des intérêts communs » au sein de cette université hybride mais regrette « tous les jeux de pouvoir » qui s’y jouent.

« Entre Paris-Sud et les grandes écoles, c’est assez musclé » abonde Michel Berson. Le sénateur de l’Essonne est co-rapporteur d’une mission de la commission des finances du Sénat sur le financement et le pilotage du projet de cluster. Il a pour ainsi dire mis les pieds dans le plat, en présentant son bilan d’étape à la presse le 7 octobre dernier. Celui-ci pointe de graves lacunes dans la définition du projet Paris-Saclay et sa lisibilité : « le débat entre membres y est plutôt tendu, et la nature scientifique du projet reste imprécise. Ce sont des enjeux considérables car l’université sera différente si c’est une confédération ou bien si il y a une véritable intégration ».

 

« Favoriser une intégration progressive »

 

Après une série d’auditions, Michel Berson arrive à la conclusion que « la situation n’est plus tenable » à l’approche de l’évaluation par le jury international du projet Paris-Saclay. « Ne pas bouger, c’est se condamner à terme » affirme-t-il. Concrètement, l’Etat doit reprendre la main plaide le sénateur, « et favoriser une intégration progressive, pour faire de Paris-Saclay une université aux standards internationaux ». Il faut dire que les pouvoirs du président de l’UPSy Gilles Bloch sont limités. Comme il le dit à l’AEF, il n’est pas là pour porter une « vision », mais sa feuille de route fait de lui un « conducteur de chantiers collectifs ». Son travail consiste selon lui à « essayer de garder tout le monde ensemble, en construisant (…) sur 10 ou 20 ans ».

Mais pour cela, un cap commun doit être fixé juge Michel Berson : « il faut un chef de projet délégué par l’Etat, qui pourra articuler les problèmes de terrain et arbitrer ». Une demande partagée par la secrétaire de la CDFT 91 Marie Leprêtre, qui suit ce dossier pour son organisation. Selon elle, « si on n’englobe pas plus » les établissements, « cela sera très compliqué » en vue de la suite. Ce qui expliquerait pour la syndicaliste que « les projets traînent car il n’y a pas de gouvernance commune ». Dans le viseur pour ses réticences à adopter une démarche collective, l’Ecole Polytechnique joue en partie sa propre carte, comme le montre son projet de bâtiment multi-établissements partagé entre quelques écoles.

 

Un compromis possible?

 

Mais dans l’entourage de la direction de l’établissement, on se défend de toute mauvaise volonté sur le projet Paris-Saclay : « il y a beaucoup de clichés, d’idées reçues qu’il faut déconstruire sur Polytechnique, l’école a énormément bougé ses dernières années. C’est un symbole, elle est donc au centre des attentions en bien comme en mal ». En tout cas pour que cette structure nouvelle d’enseignement supérieur avance,  » il faut que tout le monde accepte qu’il y ait une seule université, une structure commune » affirme Yves Levi.

Gilles Bloch évoque pour sa part la possibilité de « deux cercles concentriques, le premier avec des établissements plus intégrés, le second un peu moins ». Une sorte de solution intermédiaire qui conviendrait à tout le monde? Michel Berson rappelle que le modèle de Cambridge souvent cité comme exemple, « c’est un seul employeur, des financements divers et une autonomie des schools, mais une cohérence globale ». C’est selon lui « le prix à payer pour une lisibilité internationale et atteindre l’excellence ». Un message difficile à accepter pour les responsables de ces plus prestigieuses écoles, qui n’entendent renoncer ni à leur concours, leur diplômes et leurs symboles, alors que Gilles Bloch les imagine dans le futur comme « des objets sélectifs internes à de grandes universités ».

D’ici à ce que le cadre soit posé en vue de l’évaluation internationale, avec un projet qui devra être convainquant, Quentin Degez note que le besoin devient pressant de « vision globale » sur le cluster, « on a déjà des cours mutualisés entre établissements, mais des difficultés apparaissent sur l’organisation ». D’autres acteurs voient au contraire l’université Paris-Saclay comme un projet surdimensionné, qui « pèche par gigantisme » affirme Harm Smit du collectif Colos. L’association qui a des positions critiques sur le modèle de développement du Plateau s’interroge sur la pertinence du projet d’ensemble. « Il y a un risque que ça aille dans le mur. Plutôt qu’une structure intégrée, on va vers une juxtaposition de fiefs. Les universités figurant dans le classement de Shanghaï comme Berkeley ne dépassent pas 40 000 étudiants, là nous sommes à 70 000 » souligne le coordinateur de Colos.

 

Julien Monier est journaliste et rédacteur en chef d'Essonne Info (@EssonneInfo). Vous pouvez le suivre sur Twitter (@JulienMonier91) et le contacter par courriel (julien@essonneinfo.fr).

Categories de l'article: Politique, Saclay / Limours

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