>PUBLICITÉ

 

Méréville

Recherche mécènes, partenaires ou acheteurs. Voici ce qui pourrait résumer l’actualité chaude du domaine de Méréville. Car depuis le vote du budget au Conseil départemental en janvier dernier, celui-ci n’est toujours pas fixé sur son sort. Patrimoine exceptionnel, méconnu du grand public, ce site exceptionnel nous a ouvert ses portes.   

Méréville

 

« Nous faisons un sacrifice en nous séparant de lui. Mais nous faisons aussi cela pour lui donner un meilleur avenir ». Ces mots ont été prononcés en janvier, par le président du Conseil départemental de l’Essonne, François Durovray. Dans le cadre de la présentation du nouveau budget pour l’année 2016, ce dernier a choisi d’effectuer des choix budgétaires symboliques pour « redresser les comptes de l’Essonne ». Parmi ces mesures draconiennes, la question de l’avenir du domaine de Méréville, géré par le Département depuis 25 ans, occupait une place de choix dans cet ordre du jour. Une possible vente de ce site remarquable avait alors été évoquée. « Le Département ne peut plus s’occuper seul de ce site, expliquait récemment le président du 91. C’est un domaine fabuleux, malheureusement en sommeil. Il faut lui donner les moyens de trouver un nouveau souffle ».

Car il faut dire que c’est un vrai site d’exception(s) qu’a acquis le Conseil général en décembre 2000. Suite à plusieurs périodes d’abandon successives au cours des XIXe et XXe siècles, le Département a choisi de reprendre le domaine pour engager sa « réhabilitation et sa valorisation », indique Stéphanie Bécher, chef de projet et responsable scientifique du site. Quelques campagnes de travaux ont été conduites pour que ce domaine et ses jardins pittoresques, classés au titre des Monuments Historiques depuis 1977, puissent retrouver de leur éclat d’antan.

 

Un domaine, des rencontres, des travaux colossaux

 

Car l’histoire du domaine de Méréville, c’est avant tout une série de rencontres. L’histoire d’une rencontre entre un homme et une propriété tout d’abord, quand Jean-Joseph de Laborde, riche négociant et ancien banquier du Roi Louis XV se fait dessaisir de son domaine de la Ferté-Vidame. Recherchant un nouveau site pouvant accueillir sa résidence de campagne, celui-ci fait ainsi la découverte d’un domaine situé à une soixantaine de kilomètres de Paris : Méréville. « Il acquiert ainsi ce domaine grand de 400 hectares, relate Stéphanie Bécher. De quoi permettre à ce passionné de jardin de s’exprimer ». Au moment de ce rachat, nous sommes en 1784. Sur ce terrain immense trône un petit château en haut de son promontoire, au-dessous duquel ont été dessinés des jardins classiques géométriques.

 

 

Afin d’assouvir sa passion en matière de paysagisme, il fait appel à l’architecte Bélanger, connu entre autres pour la réalisation de la Folie Saint-James (1777) de Neuilly. C’est la rencontre d’un visionnaire et d’un maître d’œuvre. Ensemble, ils vont redessiner les alentours du château sur un modèle de jardin à l’anglaise avec ses formes irrégulières, entrant en opposition avec le style français des jardins de l’époque. Les deux hommes ne vont pas seulement s’attaquer à la réorganisation des parterres et des bosquets, ils vont restructurer totalement le terrain. « À partir de jardins formels, ils vont totalement remodeler les alentours du château, allant même jusqu’à détourner le cours de la Juine pour lui donner une forme en ‘’S’’. Une île sera même créée à proximité d’un grand lac qui a été redessiné également, d’immenses fossés creusés. Bref, un travail colossal », énumère la chef de projet en charge du site.

Mais cette entente entre les deux hommes va vite se froisser, si bien qu’en 1786, Bélanger est renvoyé. Laborde se tourne donc vers un second paysagiste en la personne d’Hubert Robert. C’est l’arrivée d’un véritable génie qui va finir de donner ses lettres de noblesse au domaine de Méréville.

 

Quand les ruines subliment le domaine

 

Ce dernier a une manière de faire très différente de celle de Bélanger. « Il adopte une démarche artistique originale. À la différence d’un architecte traditionnel, il traduit ses projets en peinture. Chaque espace du jardin est conçu comme un tableau naturel », relate Stéphanie Bécher. De véritables toiles de maître qui font aujourd’hui l’objet d’une exposition temporaire au Musée du Louvre. Ce dernier va donc reprendre le travail de Bélanger et le sublimer.

Avec les plans de ces deux hommes, le jardin n’aura plus du tout la même vocation. Un jardin pittoresque va voir le jour avec des formes irrégulières et de fausses ruines. « Quasiment tout dans ce parc est créé de toutes pièces, informe la chef de projet du site. Ils vont tout mettre en œuvre pour faire en sorte que ces paysages artificiels fassent vrai ». De fausses grottes vont ainsi sortir de terre sur un des coteaux du parc. « Les roches ont toutes été travaillées en amont et acheminées sur le site où elles ont été disposées. C’est une création ex nihilo ». D’autres réalisations remarquables vont venir petit à petit étayer le parc durant les premières années de la Révolution française, comme le temple de la piété familiale situé au sommet du coteau aux fausses grottes, le Cénotaphe de Cook, la laiterie, les fontaines, la colonne rostrale rappelant l’expédition de La Pérouse dans laquelle les deux fils de Laborde ont perdu la vie et aussi la fameuse colonne Trajane s’élevant comme un phare éclairant le parc. « C’est la copie parfaite de la colonne qui fut dédiée à l’empereur romain Trajan », commente Stéphanie Bécher. Pourtant, aujourd’hui, celle-ci n’est plus au cœur du parc, comme initialement, mais bien dans les faubourgs de Méréville. « Elle faisait partie intégrante du parc, mais au moment des successions, plusieurs parcelles du domaine ont été vendues dont celles où se trouvait la colonne », indique la guide du jour.

 

 

Les travaux prennent fin avec le décès brutal du marquis de Laborde, guillotiné en 1794 pour avoir servi de trop près les intérêts de la monarchie. Mais après dix années de travaux, le domaine est méconnaissable. « L’idée de départ est respectée. Les fausses ruines viennent donner l’impression que le jardin avait connu une longue histoire avant le passage de Laborde. C’était d’ailleurs le but recherché », précise Stéphanie Bécher.

 

Maintenant, quel avenir ?

 

Deux siècles après le passage de Laborde, Bélanger et Robert, que reste-t-il de ce jardin extraordinaire ? Aujourd’hui, seule une partie de celui-ci a survécu aux épreuves du temps et des hommes. Avec les différentes découpes des parcelles, le domaine a fortement maigri en termes de taille. Il fait aujourd’hui « à peine plus » de 60 hectares, là où il en faisait plus de 400 en 1780. S’il a subi une cure d’amincissement par rapport à sa superficie, celui-ci a également perdu de sa superbe d’antan. Et pour cause, outre le déboisement de quelques essences remarquables, le site s’est fait « dépouiller » de quelques-uns de ses trésors, parmi lesquels le temple de la piété familiale ou le Cénotaphe de Cook partis pour le domaine de Jeurre, à Morigny-Champigny, dans la fin des années 1890. « Ces monuments furent achetés par la famille propriétaire du domaine de Jeurre. Elle possède ainsi cinq monuments de Méréville », poursuit Stéphanie Bécher.

 

 

Après être tombé dans l’oubli, le domaine est donc repris par le Conseil général de l’Essonne en 2000. Plusieurs phases de travaux ont été menées, permettant la réouverture partielle du site sur visite, « mais c’est un long travail », confie la chef de projet. Long, mais aussi coûteux pour le Département, qui ne peut plus assumer seul la gestion du site. « Il n’est pas forcément question de vente pure et simple. Le Conseil départemental cherche les solutions possibles pour faire en sorte que ce joyau puisse retrouver son éclat. Cela peut se faire en accueillant de nouveaux partenaires ou des mécènes, confirme-t-on du côté des services de la culture au Département. Tout dépendra encore du projet que l’on voudra mettre en place dans les prochaines années. C’est l’enjeu des discussions actuelles ». Un projet englobant la remise à niveau du jardin et la rénovation du château, aujourd’hui muré, pourrait chiffrer entre 20 et 25 millions d’euros. « Reste à savoir ce qu’on fait du château. Une rénovation totale coûterait cher, mais si on ne rénove que la façade, on divise la note du projet par deux, voire par trois », affirme-t-on au pôle culture du CD.

Rien n’est donc encore sûr pour l’avenir de ce site remarquable. Des réunions sont tout de même engagées, de quoi satisfaire le maire de la commune Guy Desmurs. « Il faut trouver une solution pour pérenniser l’avenir de ce parc, car les Mérévillois naissent, vivent et meurent avec le domaine. Il fait partie de l’histoire de Méréville, garantit Guy Desmurs. Sur les projets de restauration, de partenariats ou encore de vente, tout est envisageable, rien n’est arrêté. Nous n’en sommes qu’au début des négociations. J’aimerais que ce domaine fasse partie d’un ensemble ouvert aux habitants ». Pour Stéphanie Bécher, il n’y a pas de doute, le domaine trouvera une issue favorable, explique celle qui mise notamment sur la notoriété d’un de ces concepteurs. « Le domaine peut être considéré comme le parc où l’influence de Hubert Robert est la plus importante ». De quoi suffire pour attirer des mécènes, partenaires ou repreneurs ? Seul l’avenir le dira…

Journaliste pour Essonne Info. Courriel : jerome@essonneinfo.fr

Categories de l'article: Culture, Etampes / Etréchy, Une

Les lecteurs ont posté 3 contributions pour le moment.

  1. Claire TOURNECUILLERT dit :

    Bonjour

    merci pour ce bel article, très intéressant et instructif

  2. pieri lucien dit :

    oui, bel article pédagogique qui met en relief la difficulté pour une commune ou un département d’entretenir pareil héritage ! pas de nouveau Fouquet dans les parages ?….

  3. yoann barrillet dit :

    Oui habitant de Méréville depuis 30 ans j aimerait me le promener avec mes enfants maintenant et leur faire voir ce beau patrimoine qui est entrain de mourir a petit feu
    Le maire en a rien a foutre DSL de la phrase m je parle en connaissance de cause avec c élus qui ne bougent pas pour leur village et hameau de montreau surtout
    Enfin j espère que ce beau domaine va renaître merci pour l article

Contribuez à cet article


займы на карту с плохой кредитной историей займы онлайн на карту срочно микрозаймы онлайн с плохой кредитной историей